fax-fuentes.docLa Medina Art Gallery à Tanger présente actuellement (jusqu’au 15 Novembre 2007) une exposition rétrospective des Å“uvres d’Antonio Fuentes (1905-1995), un artiste s’une stature incontestable, doté d’un grand sens de l’intimité et d’un grand génie pour la peinture. Solitaire de nature, il a été source de frustration pour les efforts de galeries qu’il le mérite à juste titre. L’artiste s’est contenté ainsi de sa propre estime et a dénigré l’éloge publique. Le thème récent d’une exposition rétrospective importante à Sebta, en l’occurrence les Peintures Marocaines de Fuentes suscitent aujourd’hui un intérêt considérable aux ventes aux enchères publiques en Espagne et au Maroc. Nonobstant peu de collectionneurs marocains connaissent sa vie ou sa carrière. Bien que souvent appelé le peintre ” Marocain “, Antonio Fuentes est de pure descendance hispanique. Il est né le 8 Octobre 1905 à l’Hôtel Fuentes, propriété de ses parents, au cÅ“ur du Petit Socco. L’Hôtel était populaire constitué et meublé d’artistes. C’est là que Camille Saint-Saëns a composé son chef d’Å“uvre Danse Macabre. Fuentes, depuis son enfance a démontré une aptitude remarquable pour le dessin. A l’age de 13 ans, il trouva un emploi en tant qu’illustrateur de ” Heraldo de Marruecos “, puis a travaillé en freelance à la commission pour plusieurs journaux y compris ” La Esfera “ et ” El Nuevo Mundo “. Entre 1920 et 1925, il a étudié la peinture à Madrid à l’Académie Royale de San Fernando. Presque immédiatement après, il s’est engagé dans l’armée espagnole. En 1929, ayant achevé son service militaire, Fuentes s’est installé à Paris où il s’est inscrit à l’Académie de la Grande Chaumière. Il s’est pris en charge financièrement durant cette période en dessinant des caricatures sous forme de sketches de personnalités espagnoles célèbres pour ” La Semaine de Paris “. Beaucoup de celles-ci étaient ses amis entre autres Manuel de Falla, Andrés de Segovia et Vicente Escudero. Bien sûr il s’est associé également avec des peintres Espagnols contemporains tels Souto, Pelayo et Bores et ses Å“uvres ont été indubitablement influencées par le cubisme. En 1935, il s’est installé à Rome en s’inscrivant à ” la Academia Española de Bellas Artes ” (1935-1940). Pendant sa période estudiantine, il a peint le portrait d’un souverain espagnol exilé, le Roi Alfonso XIII (Le portrait a été récemment vendu aux enchères à Madrid et aurait été acheté par le Roi Juan Carlos). Au cours de cette période, Fuentes était représenté commercialement par la “Galeria Della Ordine della Valigia” à Venise. Lorsque la Deuxième Guerre Mondiale a éclaté, Fuentes est revenu à Tanger en poursuivant sa carrière en qualité d’artiste professionnel. Au cours des années 1950 et 1960, il a participé à plusieurs expositions collectives locales. La manifestation de groupe la plus importante s’est tenue le 18 Décembre 1965 au Casino Municipal de Tanger. Outre Fuentes, les artistes participants furent Brion Gysin, Mohamed Hamri, Mohamed Ben Ali R’bati, Bachir Skiredj. A partir de la moitié des années 1960 et au-delà , Fuentes devenait de plus en plus renfermé et solitaire et a commencé à se retirer de la vie publique. En 1966, l’Association National des Beaux-Arts à Rabat avait organisé une exposition de son Å“uvre sous le titre ” Le Réveil de l’Afrique “, suivie en 1972 par les expositions à la Galerie Jean-Paul Ollivier, à la rue des Saint Pères à Paris et à Paton Place Gallery, Indianapolis, Etats-Unis d’Amérique. L’exposition inaugurale de l’ex Bibliothèque Espagnole de Tanger en tant que Galerie d’Art en 1971 a présenté une rétrospective de Fuentes comprenant pas moins de 64 Å“uvres d’envergure. Suite à quoi, il a cessé d’exposer. Très occasionnellement, et en besoin d’argent, il a permis à des collectionneurs d’acheter des peintures directement de son studio, mais il procédait ainsi avec beaucoup de réticence et à contrecoeur en adoptant l’attitude ” à prendre ou à laisser ” conjuguée à une grossièreté calculée. En 1992, l’Instituto Español de Tanger l’avait invité pour tenir une exposition sous ses auspices ou encore pour lui permettre de publier un catalogue de son Å“uvre. Il refusa d’emblée les deux propositions. Juste après, Monsieur Bravo, le Consul Général Espagnol à Tanger avait suggéré à Fuentes de bien vouloir considérer l’établissement d’une fondation dans le but explicite de préserver son Å“uvre pour les générations futures. Il a rejeté immédiatement l’idée, indifférent à l’éloge de la postérité et à la reconnaissance de ses contemporains. Bien qu’il ne fut jamais un artiste de première magnitude, Fuentes avait un talent considérable en tant que peintre et que dessinateur incontesté. Certains de ses dessins de nus illustrent son génie, mais d’autres sont surtravaillés et quasi dénués de toute sensibilité esthétique. Il n’appartient à aucune école, mais il était heureux de développer son propre style distinctif représentant encore et encore des scènes du Petit Socco, la campagne marocaine, le combat de taureaux et des nus. Bien que sa peintures soit à l’huile sur toiles lors des premières années de sa carrière, il a préféré ultérieurement dans sa vie, se servir de fusain, encre et pastel sur papier et ce souvent de très pauvre qualité et signait ses toiles se son nom de famille uniquement. L’ambition de Fuentes a été minée par son provincialisme très accentué. Il faisait souvent la remarque suivante ” yo soy hijo de Tanger ” (je suis fils de Tanger) comme pour excuser son manque d’ambition et son échec à grandir et se développer comme artiste. Le savoir faire et les technique qu’il avait acquis vers 1935 était les seuls qu’il connaissait, voir même malheureusement les seuls qu’il voulait connaître ! Au cours des années 1960, il a fait l’expérience de l’art abstrait mais sans succès. Puis il s’est laissé aller vers l’atrophie de son talent. Durant les dernières décennies de sa vie, il aurait retravaillé des toiles ou des dessins achevés cinquante années auparavant, souvent en les réactualisant et les resignant, sans signe détectable d’altération dans sa palette ou technique. Le fait que son talent considérable en tant qu’artiste n’ait pas été amplement reconnu au cours de sa vie est entièrement de sa faute. Non seulement il manquait d’ambition personnelle, mais il n’était nullement intéressé par sa promotion personnelle et de surcroît ne permettait pas aux autres de le faire pour lui en devenant progressivement solitaire et anti-social. Vers la moitié des années 90, Fuentes a vécu dans des conditions sordides telles, que les rats jouaient entre ses toiles et rongeaient les bords de son registre de sketches. Sa maison minuscule, au profond de la médina de Tanger était si crasseuse que très peu de visiteurs pouvaient y accéder même si Fuentes entrebâillait furtivement sa porte, et ce en raison de la putréfaction des aliments pourris, décomposition de rats et égouts. Il s’est éteint le 25 Juillet à l’Hôpital Espagnol à Tanger, convaincu de son propre génie mais aigri par l’échec du monde à l’apprécier. Il est demeuré jusqu’à la fin aveugle au fait qu’il était le ” dépensier de son propre génie ” tel qu’Oscar Wilde avait dit lui-même. En Novembre 1997, la Heller Galeria de Arte de Madrid, a organisé une rétrospective importante de son Å“uvre et a publié simultanément un catalogue joliment illustré intitulé Antonio Fuentes, 1905-1995. Fuentes est représenté dans de nombreuses collections privées en Espagne, au Maroc et en Argentine. Le prix le plus élevé payé pour une Å“uvre de Fuentes a atteint 20.000 Euros à une vente aux enchères en 2002. Son Å“uvre continue de susciter un intérêt considérable aussi bien dans son pays natal le Maroc qu’en Espagne.
Andrew Clandermond et Dr. Terence MacCarthy
Critiques d’Art
Tanger Novembre 2007