Malgré mon handicap de naissance, je suis professionnel des achats de produits industriels et de services, toujours en activité après 60 ans. J’ai eu l’honneur d’exercer les mandats d’administrateur national, pendant de nombreuses années, d’une association de professionnels des achats, j’en suis ensuite devenu le Vice-président national en charge des activités associatives pendant trois ans et Président national de 2003 à 2006.
Tout cela pour vous dire, qu’un handicapé peut exercer des postes à responsabilité et aussi pour vous faire comprendre que l’argumentation que je vais développer, sur le pouvoir d’achat résulte de mes connaissances et de mon expérience personnelle.
L’amélioration du pouvoir d’achat des Français a été l’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et l’une des principales raisons qui a influencé une majorité du vote des électeurs ayant contribué à son élection.
Tout au long de ses discours de campagne, Nicolas Sarkozy n’a fait que d’intensifier et d’amplifier les attentes initiales des français, en déclarant ” qu’il sera le Président de l’amélioration du pouvoir d’achat “.
Il ne faut pas s’étonner, aujourd’hui, que les français manifestent une certaine impatience à propos des résultats sur le pouvoir d’achat qui ne sont pas au rendez-vous.
Nicolas Sarkozy et son équipe de campagne ont élaboré pendant plusieurs années une stratégie de communication en choisissant des thèmes porteurs et surtout mobilisateurs ainsi qu’en témoignent les résultats obtenus lors des élections présidentielles.
Or, élaborer un programme, dont le contenu correspond aux attentes des Français cela permet de se faire élire au poste de Président de la république, mais reste largement insuffisant pour gouverner correctement la France.
Dans un environnement incertain, définir une stratégie pour atteindre un objectif, où respecter un engagement, dans notre cas, améliorer le pouvoir d’achat des Français, c’est d’abord élaboré plusieurs scénarios possibles.
Or, les conseillers de campagne de l’UMP se sont limités à élaborer un seul scénario : ” travailler plus pour gagner plus “, ce scénario ne peut être pertinent que dans la mesure où nous sommes dans une économie de forte croissance, pour qu’un maximum d’entreprises puissent avoir recours aux heures supplémentaires.
Si on fait le parallèle, justement, avec une entreprise qui prépare son budget prévisionnel pour l’année à venir, en faisant reposer son résultat uniquement sur des éléments conjoncturels, exemple : baisse des coûts des matières premières; cette entreprise prendrait alors d’énormes risques et son existence serait rapidement remise en cause.
C’est pourtant l’erreur que commettent tous les gouvernements lors du vote des lois de finances qui sont conditionnées principalement par le taux de croissance à venir, élément tout à fait aléatoire comme tout le monde le sait. Cette démarche explique en partie l’ampleur des déficits budgétaires accumulés d’année en année.
Pour en revenir à l’amélioration du pouvoir d’achat, ce que n’ont pas prévu, ou n’ont pas voulu prévoir, Nicolas Sarkozy et ses conseillers, c’est la conséquence immédiate sur le comportement des entreprises de transformation et de distribution de l’effet d’annonce de l’amélioration du pouvoir d’achat.
En bons stratèges, les dirigeants d’entreprises, soucieux d’assurer les marges et la pérennité de ces dernières, pratiquent une veille permanente sur l’environnement de leur société en identifiant les opportunités et les menaces qui peuvent se profiler à l’horizon sur le marché.
Sachant que les gouvernements sont incapables d’améliorer leurs coûts de fonctionnement internes, leur propre productivité et en conséquence, dans l’impossibilité de réduire les charges et la fiscalité, les dirigeants d’entreprises ont immédiatement compris que les pouvoirs publics se retourneraient prochainement vers eux pour les inciter à modérer ou à réduire leurs prix de vente.
Quant on sait les conséquences que peuvent avoir les moindres rumeurs sur le comportement de la Bourse qui pratique quotidiennement cette démarche d’anticipation, il est facile d’imaginer que les effets d’annonce d’un programme présidentiel aient été perçus comme une menace à terme, pour les entreprises
Pour faire face à cette menace, les entreprises ont tout simplement appliqué le principe de précaution par une démarche d’anticipation, en augmentant d’abord leurs prix et donc leurs marges pour être en capacité de mieux faire face aux contraintes à venir.
Voilà le résultat de “ Je serai le Président de l’amélioration du pouvoir d’achat “, slogan qu’on ne peut qu’approuver, mais dont les responsables de la campagne présidentielle se sont limités à travailler sur une stratégie de communication, sans se soucier des conséquences que cette annonce allait provoquer et surtout sans en avoir imaginé plusieurs scénarios de mise en Å“uvre opérationnelle.
Félicitations pour votre réussite, sur le pouvoir d’achat, Messieurs les stratèges et les prévisionnistes de l’UMP… !
Pour rester dans l’actualité, il faut féliciter et soutenir Laurence PARISOT à la tête du MEDEF pour son courage et sa volonté d’instaurer plus de transparence et d’éthique à l’intérieur de son mouvement.
En tout cas pour ce qui est de notre Gouvernement, qui devait mettre en place une politique de rupture, nous sommes plutôt dans la continuité des ” filouteries ” pour reprendre le terme utilisé par Jacques Chirac, à propos de l’exonération des obligations de l’Education Nationale concernant les personnes en situation de handicap.
Gérard DOITEAU
Blog “HANDICAP ET CITOYENNETE” http://etsinousaussi.typepad.fr/et_si_nous_aussi_les_pers/