Comment déceler les techniques d’habillage de bilan ?
Comment déceler les techniques d’habillage de bilan ? Cette conférence vous expose les techniques les plus utilisées au niveau du bilan : étude des postes à risques. Mais aussi l’appréciation des perspectives économiques et commerciales réelles. Enfin, elle vous présente les moyens à mettre en oeuvre pour se prémunir et les diligences à mener (audit préalable, clause de garantie d’actif-passif). Cette conférence a été animée dans le cadre du 14ème Salon des Entrepreneurs, le jeudi 1er février 2007 au Palais des Congrès de Paris. Avec notamment la participation de Serge LAVIALE – Expert-Comptable - Président du GROUPE LAVIALE SOHACO (http://www.laviale.com) SOMMAIRE Les techniques les plus utilisées au niveau du bilan. Appréciation des perspectives économiques et commerciales réelles. Les moyens à mettre en oeuvre et les diligences à mener.
Extrait de cette conférence :
Serge LAVIALE, Expert-Comptable - Président du GROUPE LAVIALE
Merci d’avoir choisi cette conférence dont le thème porte sur les comptes qu’un repreneur est susceptible de se procurer pour améliorer sa connaissance de la cible qui est la sienne, l’entreprise qu’il souhaite racheter. Et nous sommes tous conscients que la lecture d’états financiers donne une image de l’entreprise qui relève d’un certain nombre de conventions comptables, conventions qui ont évolué avec le temps. La mise en Å“uvre des normes IFRS et les règlements comptables pris en France ont amené à modifier un certain nombre d’éléments, mais pas fondamentalement, si bien que la lecture des comptes n’est pas forcément de nature, si l’on n’y porte pas l’attention nécessaire, à vous donner tous les éléments que vous êtes en droit d’avoir pour éclairer votre choix. Notre équipe d’animation va tenter de vous apporter quelques points, quelques éclairages sur un certain nombre d’aspects. Nous allons essayer de vous présenter différents éléments, différentes questions que vous pouvez être amenés à vous poser et nous réserverons du temps à la fin des exposés pour vous permettre de poser des questions plus précises, si vous le souhaitez. Pour ce faire, notre intervention relève de plusieurs compétences. Michel DUBAULT est avocat et vous dira un mot de son activité et de son cabinet. Didier MOIREAU est banquier et il vous dira en quoi son regard est important dans l’éclairage de l’accompagnement des repreneurs, et je suis pour ma part expert-comptable.
Michel DUBAULT, Avocat spécialiste de la reprise, CABINET DUBAULT ET BIRI
Je dirige un cabinet d’avocats d’affaires qui compte une vingtaine d’avocats et de juristes, basée dans le sud parisien, et je suis moi-même spécialisé dans le droit fiscal. Je pratique l’administration fiscale depuis environ trente-cinq ans. Quelques années au début de ma carrière à l’intérieur de l’administration et plus de trente ans après à la combattre. Il paraît que c’est parmi les anciens séminaristes qu’on recrute les meilleurs anti-cléricaux, je ne sais pas s’il y a une relation, mais peut-être après tout. Didier MOIREAU, Responsable Ingénierie de BANQUE POPULAIRE PARIS NORD J’appartiens au département ingénierie financière de la Banque Populaire de Paris. Notre mission est d’appuyer le réseau, les conseillers entreprises, dans tout ce qui est financement de la reprise d’entreprise, sujet assez vaste. Nous venons en appui pour conseiller les repreneurs d’entreprise, nos clients, pour financer ces activités de reprise. Dans le document qui vous a été remis figurent mes anciennes coordonnées, or celles-ci ont changé suite à une fusion des Banques Populaires régionales. Mon téléphone est le 01.73. 07.48.81 et je vous remettrai une carte de visite à l’issue de cette réunion, si vous le souhaitez.
Serge LAVIALE
Je suis moi-même membre d’un groupe en experts-comptables France entière, ayant la spécialité d’accompagner les PME et les TPE, et avec une compétence très particulière dans l’accompagnement des transmissions et notamment des repreneurs et créateurs. Nous partons de l’hypothèse que vous êtes en position de reprise d’une entreprise qui existe. Notre réflexion ne concerne donc pas les créateurs, mais les repreneurs. Et dans ce cadre, après avoir fait votre sélection, vous avez identifié un certain nombre d’entreprises que nous qualifierons dans l’exposé d’entreprises cibles, car c’est votre objectif. Dans votre prise de connaissance de cette cible, vous vous êtes intéressé à la réputation de ou des entreprises que vous avez identifiées, le relationnel avec le dirigeant, la manière dont cette entreprise fonctionne, intervient sur le marché, ses produits, ses services, ses compétences, ses dirigeants. Donc un certain nombre d’éléments d’information. C’est la démarche naturelle du repreneur. Et le moment arrive où, de plus en plus intéressé par les cibles, celles-ci se réduisent, vous en avez deux, trois, voire qu’une, vous souhaitez rentrer dans le vif du sujet, et pour cela vous avez besoin de vous faire communiquer des éléments comptables, des bilans. Vos conseils vous recommanderont de vous faire communiquer les trois derniers bilans. Ces comptes relèvent d’un certain nombre de conventions, de règles comptables, et il est clair que ceux-ci ne donnent en aucune manière la valeur économique de l’entreprise et ne sont pas un élément suffisant en soi pour déterminer la valeur de la transaction, c’est-à -dire quelle est la fourchette de négociation des prix. Ce sont des éléments que nous ne trouverons pas dans les comptes, mais les comptes participeront à vous éclairer. Il y a dans les comptes des éléments qui touchent au patrimoine, c’est le bilan, avec des patrimoines actifs, des éléments qui sont possédés par l’entreprise ; un patrimoine passif, des dettes et des capitaux, et des éléments qui touchent à l’exploitation, c’est-à -dire des comptes de résultat. Dans les éléments patrimoniaux, à l’actif, figurent des biens et des valeurs possédés par l’entreprise. La réalité économique de ces biens et valeurs ne coïncide pas toujours avec votre perception, votre appréciation de la valeur. Nous allons insister sur ce point en vous mettant en garde sur ce qui pourrait correspondre pour vous à des non-valeurs, c’est-à -dire des valeurs qui ne sont pas forcément des valeurs économiques correspondant à la valeur comptable. Et, d’autre part, au passif, des dettes ou risques qui ne seraient pas comptabilisés, ce que l’on peut appeler des passifs latents. J’attire particulièrement votre attention sur ce qui touche à la recherche et au développement. En matière économique, il s’agit d’éléments dont la nature est plutôt des investissements. Ceux-ci peuvent avoir donné lieu à un traitement comptable qui peut être différent suivant un certain nombre de critères, ils peuvent être passés dans les charges, mais peuvent également avoir été activés si un certain nombre de critères ont été retenus. Si les règles ont été correctement appliquées et que dans l’actif d’un bilan, vous voyez figurer un poste immobilisé de recherche et développement, des brevets, des licences, des éléments touchant au savoir-faire de l’entreprise et à son développement, il n’est pas du tout certain que la valeur économique de ces éléments activés soit nécessairement en phase. En tout cas, en phase avec votre projet. Il vous appartient donc d’y réfléchir en faisant communiquer la nature de ces éléments, pour autant que leur valeur soit significative bien sûr. Qu’en pense le juriste ? Michel DUBAULT La règle par rapport à ce type de dépenses est qu’elles constituent des charges venant en déduction du résultat année après année, au fur et à mesure des dates auxquelles elles sont engagées. La tentation pour un chef d’entreprise, surtout s’il a la perspective de céder son entreprise à court terme, est évidemment de gonfler son résultat. L’un des moyens dont il doit disposer va donc être de sortir de ses charges déductibles ce type de dépenses pour les inscrire à l’actif du bilan comme s’il s’agissait de frais de recherche qui doivent être inscrits en immobilisation à partir du moment où ils ont une vraie valeur pour l’entreprise et où ils vont pouvoir aboutir à des recherches conduisant à une utilisation qui perdurera plusieurs années au profit de l’entreprise, et qui sera génératrice de profits futurs. Il est donc nécessaire sur ce point de faire une analyse extrêmement précise, technique, de la qualité, de la valeur des brevets, des dépenses en question, pour voir si c’est générateur de profits futurs pour l’entreprise, auquel cas il est légitime que ce soit immobilisé. Ou s’il aurait été nécessaire de les passer en charges, en perte, au fur et à mesure de leur engagement, auquel cas il convient de faire une correction dans le bilan que vous avez sous les yeux pour le ramener à sa juste valeur sur ce point, en retirant de l’actif les dépenses de ce type.
Serge LAVIALE
Qu’en pense le banquier qui prend le risque avec le repreneur ?
Didier MOIREAU
En règle générale, nous avons tendance à penser que ces postes-là sont plutôt des non-valeurs. Sauf à vraiment démontrer que les frais de recherche et développement engagés sont sur le point d’aboutir à un produit ou une prestation qui, dans les mois à venir, va permettre de dégager des profits substantiels, nous avons tendance à considérer que ce sont plutôt des non-valeurs. Si le poste est important, il faut vraiment expliquer au banquier à quoi cela correspond, sur quoi cela peut déboucher. Les dossiers de reprises technologiques sont parfois compliqués et il faut être pédagogue vis-à -vis de son banquier, bien lui expliquer à quoi correspondent ces frais de recherche et développement.
Serge LAVIALE
Dans tous les domaines touchant aux nouvelles technologies, au monde de l’informatique, ce sont des postes qui peuvent être activés pour des valeurs significatives. Des développements de logiciels, des développements d’architectures informatiques nécessitent des centaines d’heures de développement, et le cédant peut en toute bonne foi décider d’activer ces valeurs, persuadé que celles-ci déboucheront sur un nouveau produit, sur l’acquisition d’un positionnement sur un nouveau marché et sont génératrices de profits futurs. Tous ces points que nous allons soulever sont de nature à ouvrir des discussions et des négociations entre le vendeur et le cédant. Pour un cédant qui a pris un certain nombre d’options historiques dans le cadre de son projet d’entreprise, de son business modèle, ses décisions étaient pertinentes, éclairées, et si vous estimez que cela ne vaut rien, la discussion ne va pas être facile.