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Vendredi, 20 juin 2008

Greenstone, promotion immobilière et sauvegarde du patrimoine

La société Greenstone fait le pari de préserver le patrimoine architectural d’Achrafié tout en proposant des appartements modernes de grand standing. Explications de Karim et Sandro Saadé, promoteurs du projet L’Armonial.

Qui est Greenstone ?
Nous sommes une société de promotion et d’investissement immobilier créée en 2005 et affiliée à Johnny R. Saadé Holdings. Cette holding basée à Beyrouth couvre les secteurs du tourisme, de l’événementiel, de la viticulture et de l’immobilier avec ce projet résidentiel rue Abdel Wahab el Inglizi.

Pourquoi avoir choisi cette parcelle à Abdel Wahab el Inglizi?
Nous cherchions un terrain d’envergure. Fin 2005, nous avons acheté cette parcelle de 1 907 m2 disposant de trois façades donnant sur les rues Abdel Wahab el Inglizi, Kabalan Makarem et Bethlehem. Le quartier est une adresse prestigieuse avec une forte notoriété. Son charme s’explique par la présence d’anciens immeubles tels que le Mijana, Albergo, Issa el Khoury. L’élément clé de cette acquisition reste l’immeuble patrimonial qui s’y trouve. Sa présence a fait l’objet d’une réflexion pour savoir comment le préserver, le réhabiliter et l’intégrer dans un projet immobilier d’envergure incluant toutes les prestations de confort moderne. Il était hors de question pour nous de le détruire malgré un permis de démolition en poche. Cela aurait été irresponsable de le faire.

Cet immeuble était-il classé ?
Nous n’avions aucune obligation de le garder puisqu’il n’était curieusement pas classé. Héritage du mandat français des années 1920-1930, cet immeuble a été répertorié de plusieurs ouvrages d’architecture et de photos. Il a l’originalité d’être un mélange d’art déco et art nouveau. Sa façade a plusieurs styles architecturaux correspondant à plusieurs périodes. Finalement, sa préservation a un double intérêt : une stratégie commerciale et une contribution à la sauvegarde du patrimoine beyrouthin.

Comment allez-vous intégrer cet immeuble dans votre projet ?
Nous avons retiré les boutiques ajoutées dans les années 1960. Actuellement, nous sommes en train de restructurer et consolider l’ancien bâtiment afin d’apporter des prestations modernes tout en ayant le charme de la façade. Cette phase implique de fait délais et coûts supplémentaires. Ensuite, nous allons ajouter à l’immeuble patrimonial deux étages supplémentaires aux quatre actuels dans un style contemporain, transition entre l’ancien et le nouveau. Parallèlement, le petit immeuble adjacent qui n’avait aucun intérêt architectural a été détruit pour laisser place à une nouvelle construction de 20 étages .

Comment se caractérise L’Armonial ?
L’Armonial se veut être un immeuble de charme de 25 appartements soit 13 286 m2 de surface habitable. Le projet compte six appartements de 400 à 450 m2 dans l’immeuble patrimonial avec une hauteur sous plafond de 4,2 m et dix-huit unités de 500 à 680 m2 dans la tour adjacente avec un Duplex au 19et 20eme étage de presque 700 m2 de surface. Selon la demande, il sera possible d’avoir un appartement d’environ 1 000 m2 à la fois dans la partie patrimoniale et la partie moderne. Le positionnement de L’Armonial est de proposer une gamme variée de surfaces pour donner une spécificité propre à chaque logement. De plus, les résidents se verront proposer l’option d’avoir une des caves à vin entièrement équipée. Les travaux de consolidation de l’immeuble patrimonial ont commencé en décembre 2007. La livraison est prévue pour la fin 2010.

Quels sont les intervenants du projet ?
Greenstone a nommé l’Atelier des Architectes Associés (AAA) pour l’étude et la conception, EGN consultants pour la gestion du projet et l’économie de la construction, APAVE Liban en tant que consultants pour le contrôle technique ainsi que l’atelier Renée Khazen pour le paysagisme.

Avez-vous commencé les ventes ?
Nous ne sommes pas pressés de vendre. Nous attendons en effet l’obtention du permis de construire pour commencer la commercialisation, selon nos estimations dans les prochaines semaines.

Quels seront vos prix ?
Nous n’avons pas encore définit une grille. Nous pouvons simplement dévoiler que les logements dans l’immeuble patrimonial auront un prix supérieur de 25 à 35% que ceux de la tour.

Comment votre projet est perçu par la clientèle ?
Nous avons beaucoup d’échos positifs et les gens nous en parlent. Egalement, l’intérêt des clients est extraordinaire. Les gens sont avides de produits anciens avec des prestations modernes. Bien que nous n’ayons pas encore fait de publicité, les personnes intéressées cherchent par tous les moyens à nous contacter pour s’informer ou réserver. Cela fait plaisir et montre que les Libanais aiment ce concept.

Quelle est la signification du nom L’Armonial ?
Nous avons mandaté une société spécialisée pour trouver ce nom, combinaison des mots Art et Harmonie. Nous ne voulions surtout pas un terme anglophone ou encore mentionner le numéro de la parcelle.

Jeudi, 12 juin 2008

Les Saadé de la mer à la vigne

Le Journal du Dimanche - Dimanche 13 Avril 2008

Le renouveau des vins du Maghreb

Par Benoist SIMMAT, envoyé spécial Meknès (Maroc)

Un vent anormalement chaud balaie la grande plaine viticole au sud-ouest de Meknès en cette fin du mois de mars. “La nature a un mois d’avance“, estime Moha Omari, responsable de production du domaine El Baraka. Six cents hectares - pas moins - de merlot, carignan, cabernet, syrah, grenache défilent à perte de vue… Des cépages français, ces fameux cépages tout-terrain, ont essaimé jusqu’ici. Les employés de la filiale marocaine de Castel Frères, première multinationale française viticole, angoissent devant les caprices de la nature comme en Bordelais ou en Languedoc…

Le vin a le vent en poupe au Maroc. La consommation est soutenue, les ventes explosent, . (Maxppp)

Grand échalas de 38 ans, Paul D’Herbès est chargé de la vinification. Lui aussi s’inquiète de cette chaleur étouffante. Il ne vinifie pas que des vins de consommation courante, comme les domaines de Sahari ou le fameux Boulaouane, en vente dans les hypermarchés de l’Hexagone. Il prépare une cuvée issue d’une sélection de ses meilleures parcelles. “Ce sera le premier grand cru marocain. Il est riche en cabernet et nous le testons en fûts de chêne depuis deux ans dans le but de le commercialiser d’ici à 2009 sur une base de 20 000 bouteilles“, explique-t-il.

Mais que viennent faire les hommes de Castel au pays des ryads? Le groupe y possède déjà 1500 hectares de vignes et a investi 30 millions d’euros pour faire sortir de terre une chaîne d’embouteillage aux standards européens (7000 bouteilles à l’heure) et un chais de vinification. “Il y a ici deux marchés très dynamiques: une forte demande à l’exportation et une demande intérieure soutenue“, explique Franck Crouzet, directeur marketing et communication.Malgré l’islam, la consommation locale est en forte hausse

Première surprise, les Marocains boivent beaucoup de vin: 45 millions de bouteilles par an, en progression de 7 % sur 2007. C’est considérable pour une population de 34 millions d’habitants alors qu’une large partie refuse encore cette boisson pour des motifs religieux. “Le vin est couramment consommé à la maison, il n’y a pas d’interdit absolu, la seule condition c’est d’être discret“, décrypte un des cadres des Celliers de Meknès (groupe Zniber). S’y ajoutent des vins de contrebande venus d’Espagne. Ils alimentent principalement le marché des petits vins. L’Europe, enfin, absorbe une part non négligeable de la production locale. Celle-ci fournit 2% de la consommation française, soit plus que tous les vins du Nouveau Monde réunis.

Avec le choix stratégique du Royaume d’aller vers un tourisme de masse - 10 millions de touristes d’ici à 2012 -, la consommation devrait continuer à croître comme en Tunisie. Là-bas, les touristes et expatriés engloutissent une cinquantaine de millions de bouteilles par an. Le vignoble d’Etat a été mis en concession. Premier acteur en Tunisie, Les Vignerons de Carthage visent 20 millions de bouteilles pour couvrir les besoins du marché intérieur et 2 millions pour l’exportation, “notamment vers la France“, précise Belgacem D’Khili, son directeur. Castel - encore lui - cultive 250 hectares de vigne sous l’appellation Coteaux de la Medjerda.

Maroc et Tunisie ne sont pas des exceptions. Tous les pays arabes se convertissent au vin. Un retour aux sources, puisqu’en réalité la vigne prospérait partout en Méditerranée voilà plusieurs millénaires. “Il y a un nouvel intérêt pour le vin dans ces pays, qui doit beaucoup à la croissance des échanges dans la région“, estime l’oenologue international Denis Dubourdieu. Lui-même est consultant pour un de ses anciens condisciples à la faculté de Montpellier, André Hadji-Thomas, un chrétien orthodoxe à l’origine d’un projet à capitaux coptes et libanais en Egypte: “Les jardins du Nil“. La production locale atteint 10 millions de bouteilles et a doublé pour répondre à la curiosité des touristes. Avec du moût (jus de raisin fermenté) acheté en Espagne ou en Sicile, la société d’André Hadji-Thomas vinifie une petite cuvée près d’Al Guna, en mer Rouge. Une oliveraie a aussi été transformée en vignoble près du Caire. Le petit verdot (autre cépage bordelais) y donne d’excellents résultats.

La croissance des échanges a dopé le marché du vin

Le phénomène se reproduit dans toute la zone. Selon un calcul effectué par l’AFP, 80000 hectares de vigne sont aujourd’hui consacrés au vin dans sept pays arabes: Maroc, Tunisie, Algérie, Egypte, Liban, Jordanie et Syrie. Ce parc produit 1,3 million d’hectolitres, l’équivalent de 150 millions de bouteilles, soit la production de la Bourgogne. Des concurrents redoutables pour un grand pays déjà producteur, la Turquie. Ainsi que pour l’Etat d’Israël, déjà connu pour ses cuvées amples et généreuses (250 caves, 60 millions de cols produits).

Difficile, toutefois, d’évacuer les questions religieuses et géopolitiques. Les entrepreneurs chrétiens sont souvent seuls à l’origine de ces projets. En Jordanie, deux compagnies de cette confession produisent du vin qui est exporté en Irak et, discrètement, dans les monarchies arabes du Golfe. Au Liban, les projets s’accélèrent: “Nous sommes désormais une vingtaine de producteurs“, explique Sandro Saadé, dont la célèbre famille s’est lancée dans le vin avec le domaine de Marca dans la vallée de la Bekaa, et en Syrie (voir ci-dessous). Au pays des Cèdres, les leaders s’appellent Kefraya, Ksara ou Musar. Ils commencent à être reconnus dans les concours internationaux.

En Algérie, le grand vignoble, autrefois numéro quatre mondial, reste moribond. Le groupe Castel a été approché pour le relancer. Mais les groupes islamistes armés restent trop menaçants. Ce n’est pas le cas ailleurs dans le monde arabe. Ni les Frères musulmans ni les organisations islamistes maghrébines ne sont parvenus à faire interdire la consommation de vin. Le fisc, en revanche, ne badine pas partout. Ainsi, en Turquie, il faut acquitter 8,7 ¤ de taxes contre 1 à 3 ¤ en Europe - hors TVA - pour s’offrir du vin de table. Plus que le thé ou la vodka, le vin s’impose bel et bien comme la boisson de la mondialisation.Les Saadé de la mer à la vigneDans quelques mois le rève de Johnny Saadé de viendra tangible. Il prendra la forme d’une bouteille de vin appelée BRGYLUS. L’homme ds’affaire Libano-Syrien est davantage connu en France pour le conflit qui l’oppose depuis des lustres à son frçre Jacques, le roi du transport maritime, aux commandes de CMA CGM. Avec Bargylus, Johnny et ses fils Karim 34 ans et Sandro 31 ans, comptent revenir sur la scène internationale. Leur première cuvée sera mise en vente en Syrie et au Liban, mais aussi en Amérique, en Angleterre, en Asie, et bien entendu en France. Chaque bouteille de ce premier vin… syrien coutera entre 20 et 30 €. Installé à Beyrouth, Johnny Saadé avait d’abord pensé s’offrir un château à Bordeaux avant de se lancer dans le pari fou de ” faire du vin ” sur la terre de ses ancêtres. Une gageure. Exproprié dans les années soixante, au moment des grandes nationalisations syriennes, la famille Saadé a penné à constituer son vignoble. ” Nous avons du racheter une multitude de petites parcelle set l’autorisation de produire du vin est remontée jusqu’en Conseil des Ministres “, raconte Sandro Saadé.Leurs vignes sont plantées à 900 mètres d’altitude sur le Mont Bargylus (aujourd’hui appelé Jebel Al-Ansariyé), au nord-ouest du pays. A l’endroit même ou étaient produits les « vins de Damas ” dont parlaient les philosophes au temps de la Bible. ” Avec un kilo de raisin par pied, nous avons obtenu une cuvée haut de gamme, c’est le bon moment car le gout pour le vin gagne la région devant toutes les autres boissons “, se félicite Sandro Saadé. Cherchant à profiter de la mondialisation, les deux frères ont planté leur merlot, syrah et cabernet-sauvignon en 2003.Leur vinification a eu lieu en 2006. Pour mettre toutes les chances de leur coté, ils ont fait appel au consultant international Stéphane Derenoncourt, un wine maker travaillant aussi bien pour des viticulteurs bordelais que pour des stars comme Francis Ford Coppola. Résultat un premier essai d’une intensité honnête et d’une richesse typique de la région. Les frères Saadé vinifient aussi un Bargylus blanc à partir de sauvignon et de chardonnay. Selon Derenoncourt, la qualité des sols de cette montagne prouve qu’on peut faire du vin comme au bon vieux temps de l’Antiquité.

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