L'histoire derrière la fête nationale camerounaise du 20 mai

fête nationale camerounaise

Ingrid Nováková, spécialiste international, 20 mai 2025

Pourquoi le 20 mai ?

Le Cameroun célèbre sa fête nationale le 20 mai. Cependant, le 1er janvier 1960 est la date où le Cameroun sous administration française a accédé à l'indépendance. Le choix de célébrer la fête nationale le 20 mai plutôt que le 1er janvier découle des évolutions politiques qui ont suivi l'indépendance. Bien que le 1er janvier reste un jour férié au Cameroun pour célébrer la nouvelle année, son rôle en tant que fête nationale a progressivement diminué.

Les origines de la fête nationale du Cameroun

La fête nationale du Cameroun commémore le référendum organisé en 1972, par lequel les Camerounais ont voté pour l'abolition du système fédéral instauré après l'indépendance, afin de former un État unitaire. Ce changement, promu par le président Ahmadou Ahidjo, visait à renforcer l'unité nationale et à consolider le contrôle centralisé du gouvernement, mettant fin à la coexistence entre le Cameroun oriental (ancienne colonie française) et le Cameroun occidental (ancienne colonie britannique).

Avant 1972, la fête nationale était célébrée à des dates différentes selon les régions : le 1er janvier 1960 pour l'indépendance de la partie française et le 1er octobre 1961 pour la réunification avec la partie britannique. Le choix du 20 mai comme date unique de célébration a permis d'unifier ces mémoires historiques en une seule journée fédératrice.

Le contexte colonial et l'émergence d'une nation indépendante

Initialement colonisé par l'Allemagne en 1884, le territoire, connu sous le nom de Kamerun, a été administré comme un protectorat jusqu'à la Première Guerre mondiale. Après la défaite allemande, la Société des Nations a divisé le Cameroun en deux mandats confiés respectivement à la France et au Royaume-Uni en 1922. Cette partition a donné naissance à deux entités administratives distinctes : le Cameroun français, administré directement par la métropole, et le Cameroun britannique, subdivisé entre le Cameroun occidental et le Cameroun septentrional, et administré comme une extension du Nigeria.

L'indépendance a été marquée par une lutte pour la libération nationale, menée notamment par l'Union des Populations du Cameroun (UPC), un mouvement nationaliste fondé en 1948. L'UPC, bien que réprimée par les autorités coloniales françaises, a joué un rôle important dans la mobilisation populaire pour l'indépendance. Sous la pression des mouvements indépendantistes et dans le contexte de la décolonisation mondiale, le Cameroun français a obtenu son indépendance le 1er janvier 1960, sous la présidence d'Ahmadou Ahidjo. L'année suivante, le Cameroun britannique méridional a voté pour se réunir avec le Cameroun indépendant, tandis que la partie septentrionale choisissait de rejoindre le Nigeria. Cette réunification, effective le 1er octobre 1961, a marqué la naissance d'un Cameroun bilingue.

Les défis rencontrés par le Cameroun après l'indépendance

L'un des premiers enjeux était de surmonter les divisions héritées de la colonisation, notamment entre les anciennes administrations française et britannique. La coexistence de deux systèmes juridiques, éducatifs et culturels différents a complexifié la gestion du pays, en particulier après la réunification de 1961. Les tensions ethniques et régionales ont également émergé, exacerbées par la diversité du pays, qui compte plus de 250 groupes ethniques. À cela s'ajoute la répression des mouvements nationalistes, comme celui de l'Union des Populations du Cameroun (UPC), qui a alimenté des conflits internes, notamment dans la région Bamiléké.

Sur le plan économique, le Cameroun a hérité d'une économie coloniale essentiellement tournée vers l'exportation de matières premières, avec peu d'infrastructures pour soutenir un développement diversifié. Cependant, la dépendance aux exportations de produits comme le cacao, le café et le pétrole a rendu l'économie vulnérable aux fluctuations des prix internationaux. Par ailleurs, la gestion centralisée sous les présidents Ahmadou Ahidjo et Paul Biya a parfois exacerbé les frustrations dans les régions anglophones, où le sentiment de marginalisation persiste.

Comment les Camerounais célèbrent le 1er janvier aujourd'hui

Aujourd'hui, le 1er janvier est célébré au Cameroun principalement comme le jour de l'An. Bien que cette date ait une signification historique liée à l'indépendance de la partie française du Cameroun en 1960, elle est désormais avant tout un moment de festivités, de retrouvailles et de réjouissances familiales. Les Camerounais profitent de ce jour férié pour organiser des repas copieux, souvent composés de plats traditionnels comme le ndolé, les brochettes ou encore des mets à base de poisson et de manioc. Les célébrations incluent également des feux d'artifice, des spectacles et des danses, particulièrement dans les grandes villes comme Yaoundé et Douala.

Comparaison avec les autres indépendances africaines

Alors que de nombreux pays du continent ont acquis leur indépendance après des négociations relativement pacifiques avec les puissances coloniales dans les années 1960, l'histoire camerounaise est marquée par une lutte nationaliste plus violente, notamment menée par l'Union des Populations du Cameroun (UPC). Ce mouvement, réprimé par les autorités françaises, a déclenché une guerre d'indépendance qui a laissé des divisions profondes dans certaines régions du pays, notamment chez les Bamilékés. Contrairement à des pays comme le Ghana, où l'indépendance en 1957 a été obtenue grâce à une mobilisation politique pacifique sous la direction de Kwame Nkrumah, celle du Cameroun a impliqué des affrontements armés et une répression sévère. Alors que certains pays ont opté pour une rupture immédiate avec leurs anciens colonisateurs, le Cameroun, sous Ahmadou Ahidjo, a maintenu des liens étroits avec la France, notamment dans les domaines économique, militaire et culturel.